Nous sommes près de notre père de 90 ans dans cet endroit qui se nomme les urgences d'un grand hôpital parisien. Aucune intimité dans la souffrance et la pudeur ne peut rassurer la personne qui vient déposer sa douleur et son angoisse.

Dans ce tourbillon qui déstabilise, les soignants courent tout en essayant d'offrir à chaque patient la prise en charge qu'il est en droit d'attendre dans un pays moderne comme la France en 2021. Dans cette cour qui n'a rien du miracle, les brancards se croisent, se bousculent et attendent d’interminables heures avec dessus une personne souffrante. On nous dit que cela devrait aller mieux, que des solutions parallèles devraient être opérationnelles comme des cabinets médicaux pouvant absorber les urgences les plus simples dans leurs prises en charge...

Il n'y a pas de place pour la colère dans un lieu pareil où gémissements, pleurs ,soupirs et même une forme de silence se mélangent pour en faire une tour de Babel de la douleur et de la peur. Ce que nous attendons, c'est que ce personnel compétent puisse travailler et accompagner dans un cadre digne. Nous sommes encore assez jeunes mais peu à peu, nous rentrons dans cette "catégorie" dénommée "séniors". Quand nous regardons notre père et tournons aussi notre regard sur les autres, nous ne pouvons qu'observer qu'un immense parking de brancards (parking que nous payons à travers toutes les taxes et impôts que nous versons). L'urgence, si l'on peut encore utiliser ce mot, est non pas encore dans le constat mais dans l'action.

C'est votre travail.